Description
Les émeutes de Muzaffarnagar de 2013 en Inde, qui ont fait des dizaines de morts et déplacé des dizaines de milliers de personnes, n’étaient pas un événement isolé. Cela s’était déjà produit auparavant, et cela se reproduira probablement : hindous et musulmans, armés de fusils et d’épées, attisés par une rhétorique venimeuse et un enchevêtrement d’accusations, se retournent les uns contre les autres. La vérité se fracture selon des lignes religieuses, aussi bien dans la période précédant les émeutes que dans leur sanglant lendemain.
Dans Feu qui couve (La lutte éternelle en Inde), traduit en néerlandais par Jan Donkers, le « journaliste dessinateur » Joe Sacco se plonge dans l’Uttar Pradesh et s’entretient avec des responsables gouvernementaux, des dirigeants politiques, des chefs de village et surtout avec les victimes — principalement des paysans sans terre — afin de comprendre ces émeutes comme un archétype de la violence politique. Il y examine le rôle de la cruauté dans une démocratie ; le pouvoir de la masse, plutôt que celui des dirigeants, à influencer le cours des événements ; l’affrontement de récits concurrents ; et les histoires que les auteurs de violences inventent pour masquer leur participation au bain de sang.
Sacco, salué comme « l’héritier de R. Crumb et Art Spiegelman » (The Economist), a cartographié les histoires urgentes qui façonnent le monde qui nous entoure, de la Première Guerre mondiale à Gaza. Ici, il met son art magistral du reportage dessiné au service d’un récit spécifique à l’Inde, mais dont les implications et la résonance concernent toutes les sociétés multiethniques et multiraciales fragiles à travers le monde.